C64 : quand la peur des urnes se cache derrière l’article 64

Dans un contexte politique marqué par les débats autour d’une éventuelle réforme constitutionnelle en République démocratique du Congo, la coalition dite « C64 » tente d’imposer un discours alarmiste centré sur l’article 64 de la Constitution. Mais derrière cette posture de défense de l’ordre constitutionnel, plusieurs observateurs voient surtout une stratégie politique destinée à bloquer tout débat démocratique et à mobiliser l’opinion autour de la peur.

Créée le 19 mai 2026, cette coalition réunit notamment Martin Fayulu, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund ainsi que des représentants de Moïse Katumbi et Matata Ponyo. Tous affirment vouloir défendre la Constitution face à ce qu’ils considèrent comme une menace institutionnelle.

Cependant, leurs prises de position suscitent de nombreuses interrogations. L’article 64 de la Constitution congolaise prévoit le devoir pour tout citoyen de faire échec à toute prise illégale du pouvoir ou à son exercice en violation de la Constitution. Or, plusieurs analystes rappellent que cette disposition vise avant tout à protéger la République contre les coups de force et les ruptures de l’ordre constitutionnel, et non à empêcher un débat politique ou institutionnel conduit dans le cadre légal.

En rejetant toute discussion autour d’une réforme constitutionnelle avant même l’ouverture d’un débat national, la C64 est accusée par ses détracteurs de vouloir substituer la pression politique et la mobilisation de rue au fonctionnement normal des institutions démocratiques. Certains estiment que cette attitude traduit davantage une peur des urnes qu’une réelle défense de la démocratie.

Le discours de la coalition apparaît d’autant plus contradictoire que certains de ses membres évoquent déjà un départ du pouvoir « de gré ou de force ». Pour plusieurs observateurs, il est difficile de prétendre défendre l’ordre constitutionnel tout en tenant des propos susceptibles d’alimenter les tensions politiques et institutionnelles.

Cette situation intervient alors que la RDC reste confrontée à une grave crise sécuritaire dans sa partie orientale, marquée par les violences attribuées au mouvement armé M23 et à ses soutiens extérieurs présumés. Dans ce contexte sensible, une partie de l’opinion appelle la classe politique à privilégier la stabilité, le dialogue républicain et la cohésion nationale.

Pour les partisans d’un débat ouvert, la démocratie implique la confrontation des idées dans le respect des institutions et des lois de la République. Ils estiment que le peuple congolais mérite un échange serein sur l’avenir du pays, loin des discours de peur et des calculs politiques.

Au-delà des clivages, une question demeure : la défense de la Constitution peut-elle servir de prétexte pour empêcher tout débat démocratique ? Pour beaucoup, la véritable légitimité politique ne se construit ni dans les menaces ni dans les raccourcis, mais dans le verdict des urnes.

Henriette Mbengu

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