Faillite du discours politique sur TV5 Monde : Matata Ponyo s’enferme dans la rhétorique tribaliste

Faillite du discours politique sur TV5 Monde : Matata Ponyo s’enferme dans la rhétorique tribaliste

Entre contradictions judiciaires, bilan controversé et rhétorique victimaire, l’ancien Premier ministre peine à convaincre l’opignon !

Invité récemment sur TV5MONDE, l’ancien Premier ministre Matata Ponyo Mapon a tenté de se présenter comme victime d’une justice politisée et comme incarnation de la bonne gouvernance. Mais à mesure que son discours se déploie, les contradictions s’accumulent, révélant une dérive inquiétante vers une rhétorique tribaliste qui fragilise davantage sa crédibilité politique.

Invité du journal, Matata Ponyo affirme avoir été jugé par des magistrats issus d’une même tribu que le Président Félix Tshisekedi, insinuant ainsi un procès biaisé. Pourtant, en 2022, le même Matata saluait l’indépendance de ces juges lorsque leurs décisions lui étaient favorables, notamment sous la présidence du professeur Dieudonné Kaluba à la tête de la Cour constitutionnelle.

La vérité judiciaire ne saurait changer au gré des intérêts personnels. Une décision de justice est collégiale, fondée sur le droit, et non sur l’origine ethnique des magistrats, lesquels sont issus d’un long processus de formation, de sélection et de nomination qui dépasse largement un régime politique.

Un paradoxe supplémentaire s’impose : l’avocat de Matata Ponyo lui-même, Maître Laurent Onyemba, est originaire du Kasaï. Si l’origine des juges suffisait à invalider un procès, faudrait-il alors invalider aussi sa défense ?

La posture morale adoptée par l’ancien Premier ministre interroge, au regard de son propre bilan. Son passage à la Primature reste indissociable du fiasco du parc agro-industriel de Bukanga-Lonzo, devenu un symbole de gestion opaque et de gaspillage de fonds publics.
Comment dénoncer aujourd’hui la corruption quand, hier, aucun haut responsable n’était réellement inquiété par la justice ? Comment invoquer l’État de droit alors que, sous son époque politique, des opposants croupissaient en prison dans un climat d’impunité largement documenté ?

Sous la présidence de Félix Tshisekedi, des ministres en fonction ont été poursuivis, jugés et condamnés pour corruption, un fait inédit dans l’histoire récente de la RDC.
Ce signal marque une rupture avec les pratiques du passé et traduit une volonté politique de renforcer la redevabilité au sommet de l’État.

Sur la crise sécuritaire dans l’Est, Matata Ponyo réduit le conflit à une simple question de « mauvaise gouvernance ». Une lecture qui occulte volontairement la dimension d’agression extérieure et régionale, pourtant documentée depuis des années, notamment autour du M23.

Sous son propre mandat, l’Est de la RDC n’était ni pacifié ni durablement stabilisé, malgré la présence massive de la MONUSCO. L’insécurité n’est donc pas une nouveauté née aujourd’hui.

Parlons faits. À l’époque de Matata Ponyo, le budget national plafonnait autour de 5,6 milliards de dollars, un montant dérisoire pour un pays-continent, avec des recettes largement sous-estimées. Aujourd’hui, le budget avoisine 22 milliards de dollars, traduisant une mobilisation accrue des ressources internes et une trajectoire budgétaire ascendante.

Les mécanismes de contrôle se sont également renforcés. L’Inspection Générale des Finances (IGF) et la CENAREF jouent un rôle central dans la lutte contre les détournements, avec des rapports régulièrement transmis à la Présidence de la République. Loin d’être neutralisées, ces structures sont actives, visibles et productives.

Autre élément qui démonte le procès en tribalisme : Jules Alingete (IGF) et Alder Kisula (CENAREF), figures clés du contrôle des finances publiques, sont originaires du Grand Bandundu. Difficile, dès lors, de soutenir un discours ethnique face à des institutions qui fonctionnent au-delà des appartenances.

Au final, le discours de Matata Ponyo ressemble davantage à une stratégie de défense personnelle qu’à une vision crédible pour la RDC. Comme l’a rappelé Eugène Diomi Ndongala, « on ne peut pas prêcher la vertu publique en oubliant ses propres zones d’ombre ».

On ne peut pas salir toutes les institutions pour blanchir son image. On ne peut pas se dire technocrate brillant et sombrer dans le discours tribal. On ne peut pas donner des leçons quand son propre bilan pose question.

La RDC a besoin de responsabilité, de cohérence et de vérité, pas de leçons sélectives.

Patrie News

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